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L’État d’Israël n’est pas un  îlot de stabilité 

Par Miko Peled (12 avril 2011)

Alors que fait rage la bataille sur l’avenir de tout le Moyen Orient, avec d’une part des manifestations populaires exigeant le changement et d’autre part des forces réactionnaires se battant pour les réprimer, on nous dit que l’État d’Israël serait  un îlot de stabilité . Comme c’est une démocratie instaurée depuis plus de six décennies, on vante l’État juif comme un exemple remarquable de pays stable et libre, comme on aimerait en voir partout au Moyen Orient.

Cependant, il ne s’agit que d’un écran de fumée et rien n’est plus éloigné de la réalité. L’État d’Israël n’est pas un  îlot de stabilité . La lutte pour la démocratie et les Droits de l’Homme fait rage en Israël exactement comme dans tout le Moyen Orient et l’État d’Israël mène une guerre brutale et sanglante contre les forces du changement et la démocratie d’une façon qui n’est guère différente de celle de ses tyrannies voisines. Il y a cependant une différence : même si le mouvement de résistance populaire non-violente qui revendique les Droits de l’Homme, l’égalité et la protection de la loi – tout ce que l’État d’Israël refuse au peuple palestinien – dure depuis bien plus longtemps que dans tous les autres pays de la région, ce mouvement n’attire que peu de regards.

Les gouvernements israéliens ont toujours été réactionnaires, conservateurs et très répréhensibles sur la question des droits civiques et des Droits de l’Homme de la population non-Juive qu’ils administrent. Maintenant qu’il n’y a plus de véritable option à la partition en deux États de la Palestine/Israël historique, il faut faire un choix clair : Est-ce que l’État d’Israël demeurera un État ethniquement raciste dans lequel seuls les Juifs auront des droits et où les non-Juifs, qui constituent la moitié de la population, demeureront sans droits et sans représentation significative ? Ou est-ce que la démocratie surgira, qui adoptera les droits civiques et les Droits de l’Homme pour tous ceux qui vivent à l’intérieur du pays, sans considération de race ou de religion ? Tout comme il est nécessaire que les régimes tyranniques dans les autres parties du Moyen Orient cèdent la place à la démocratie, la même chose doit se réaliser pour l’État d’Israël sioniste.

D’une manière qui n’est pas sans rappeler ses alliés occidentaux, l’État d’Israël est bien content d’avoir des tyrans corrompus à son service et de leur offrir en retour protection et faveurs. Pour maintenir son emprise impitoyable sur toute la Palestine historique et défaire la résistance palestinienne, l’État d’Israël a besoin de tyrans corrompus et sans principe que l’on peut corrompre et qui seront à la disposition d’Israël. Hosni Moubarak et la famille hachémite constituent deux exemples, comme cela avait été le cas du Shah d’Iran à l’époque, et ce ne sont que les exemples les mieux connus. Qui sait le nombre des autres tyrans arabes qui sont payés en secret par l’État sioniste ?

Il n’a pas été surprenant de voir que pendant le soulèvement en Égypte, l’État d’Israël a soutenu Hosni Moubarak et que l’État d’Israël est intervenu avec insistance en sa faveur auprès de Washington et des autres capitales, allant à l’encontre les partisans de la démocratie en Égypte ; contrairement à ce qu’affirment certains disant que la résistance populaire dans le monde arabe serait un complot sioniste, l’État d’Israël fera tout son possible pour maintenir en place les dictateurs sans pitié dans le monde arabe de façon à ce qu’il contrôle le monde arabe par la terreur et la corruption. Si jamais des régimes démocratiques sont enfin instaurés en Égypte, en Afrique du Nord, en Jordanie et en Syrie, il est probable que l‘État d’Israël ne bénéficiera pas du soutien tacite dont il dispose actuellement sur la question de la Palestine.

Pour maintenir son emprise impitoyable sur toute la Palestine historique et défaire la résistance palestinienne, l’État d’Israël a besoin de tyrans corrompus et sans principe que l’on peut corrompre et qui seront à la disposition d’Israël

Depuis sa fondation, l’État d’Israël s’est livré à la répression brutale des droits des Palestiniens. Des milliers de Palestiniens sont emprisonnés, battus et torturés, les enfants sont jetés hors de leur lit et battus par des soldats armés jusqu’aux dents. Désormais il est clair que l’État d’Israël est frustré par son incapacité à écraser les nouvelles vagues de résistance populaires et à mesure que le mouvement de résistance s’intensifie et gagne du terrain et du soutien, la brutalité israélienne s’intensifie elle aussi. Le profond émiettement constitue encore un obstacle pour les Palestiniens.

Dans une interview sur CNN Benyamin Netanyahou a affirmé que les efforts de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, une chose que le peuple palestinien espère depuis longtemps, constituent un danger et qu’il faut les faire capoter. Encore une fois, si l’on se souvient que les gouvernements israéliens conservateurs successifs se sont battus sans relâche pour fragmenter la société palestinienne et sa représentation politique et qu’ils ont bien réussi, la déclaration de Netanyahou n’est pas une surprise.

Après avoir détruit la Palestine en 1948, Israël est parvenu à créer une scission entre les Palestiniens qui sont restés à l’intérieur de la Palestine et ceux qui ont fini dans la Diaspora. Cela a été fait en instaurant une série de lois qui interdisent aux réfugiés palestiniens de visiter leur patrie et en rendant très difficile l’entrée en Israël pour ceux qui ont obtenu la citoyenneté de pays qui ont des relations amicales avec Israël, et qui viennent visiter leur patrie. Puis Israël est parvenu à créer une séparation entre les Palestiniens qui vivent à l’intérieur d’Israël  proprement dit  et ceux des Territoires occupés en 1967, les premiers étant considérés comme des citoyens israéliens, pour approfondir la séparation à travers des lois qui limitent le mariage entre Palestiniens des deux zones ; puis un fossé a été élargi entre les Palestiniens qui vivent en Cisjordanie et les Palestiniens de Gaza en interdisant le voyage entre les deux régions. Enfin, Israël a soutenu la création du Hamas pour contrer le Fatah en attisant un conflit sanglant entre les deux. Il n’est donc guère surprenant que Netanyahou veuille maintenir cet émiettement qui a permis à l’État sioniste de renforcer sa main de fer sur la Palestine et sur son peuple.

Les temps ont changé dans tout le Moyen Orient y compris en Israël. Comme tous les autres tyrans de la région, Israël ne peut pas maintenir le niveau de violence actuel contre la résistance palestinienne sans le soutien de ses alliés occidentaux. Sans la coopération de masse que reçoit Israël de l’Occident, Israël ne pourra pas maintenir son emprise exclusive sur la terre ni l’oppression du peuple et devra abandonner le contrôle pour permettre une démocratie inclusive de s’instaurer à sa place. Au lieu de laisser les choses s’aggraver et permettre que de nouveaux innocents ne perdent la vie, les forces progressistes du monde doivent s’unir pour condamner Israël et soutenir les forces qui luttent pour le changement. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est la revendication claire que tous les prisonniers politiques détenus en Israël soient libérés, que le mur de séparation soit détruit et que l’on accorde aux Palestiniens la totalité des droits égaux et des libertés reconnus par le droit, et que l’on permette aux Palestiniens de vivre et de voyager n’importe où à l’intérieur de la Palestine/Israël.

Tout comme les hommes de conscience dans le monde espèrent voir tomber les vieux tyrans comme Moubarak et Kadhafi, ils doivent aussi agir pour que l’État d’Israël sioniste se transforme en une démocratie pluraliste, tolérante et laïque. Une démocratie dans laquelle tous les citoyens jouissent de droits égaux et ont leur mot à dire sur leur avenir. Comme les changements radicaux au Moyen Orient se sont produits sans beaucoup de signes précurseurs, on peut s’attendre à ce que ces changements surviennent sans crier gare à l’intérieur de la Palestine/Israël plus tôt que plus tard. Ceux qui sont du côté de l’État d’Israël sioniste maintenant vont le regretter plus tard, et la honte sera difficile à effacer. Tel qu’il est, l’État sioniste sombrera dans l’histoire comme le chapitre le plus vil et le plus honteux de la longue histoire du peuple juif.

Miko Peled est un militant pacifiste israélien, qui vit à San Diego, en Californie

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